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Le Prince et l'Album

Lire, consulter, contempler


Muhammad Sharif, Muhammad Mourad Samarqandi, "Le lecteur" page de frontispice. Ouzbékistan, Boukhara, Vers 1600-1615 Legs G.Marteau, 1916, OA7163 Gouache et or sur papier H. : 19,20 cm. ; L. : 11,40 cm. (marges exclues)page : H. : 37 cm. ; L. : 24,40 cm.


La pratique de la lecture dans les milieux souverains est chose intime. En raison de ses dimensions, le manuscrit ne se prête guère au partage. La pleine perception de son décor, d'une extraordinaire sophistication - depuis les marges jusqu'à l'espace peint ou la calligraphie -, suppose un long temps de contemplation. Une magnifique page de frontispice, peinte à Boukhara au début du XVIIe siècle, met cette pratique en abyme. Le jeune prince isolé, genoux relevés, tient une safina, un manuscrit au format "langue de bœuf" réservé à la poésie.

À l'origine le lecteur n'était pas seul : lui faisait face, sur la page opposée, une jeune femme l'écoutant et lui tendant sa coupe d'or. (1)

Muhammad Sharif, Muhammad Mourad Samarqandi, "La princesse au diadème" page de frontispice. Ouzbékistan, Boukhara, Vers 1600-1615 Gouache et or sur papier H. : 19,20 cm. ; L. : 11,40 cm. (marges exclues)page : H. : 37 cm. ; L. : 24,40 cm.

La lecture est un monde: c'est ce que semblent suggérer l'extraordinaire manteau composite des deux amants, ainsi que l'ensemble de la page du Louvre, et du bifolio originel. Les marges sont peupleés de saynètes, dispositif qui prend toute son ampleur dans le khanat* de Boukhara et dans l'Inde moghole (2).


Ces marges font écho aux images enroulées dans le manteau et se répandent d'une page à l'autre: le jeune prince de l'angle inférieur droit écoute probablement à son tour une lecture fait par un ascète, en vis-à-vis, sur la page opposée. En outre, la confusion des plans est poussée à l'extrême: au centre, le turban aux aigrettes de jeune prince parait absorbé par l'aplat ornemental du fond de la niche. La page de frontispice du Louvre appelle aussi des comparaisons avec les pages aux animaux composite mongoles, plus connues que celle produite en Iran précédemment. (3) Un univers enchanté Le décor des marges évoque une scène printanière. Les personnages qui sont installés le long du ruisseau, tant dans les marges de cette page que dans celle de Washington qui lui faisait pendant, sont représentés avec beaucoup de fantaisie. Les vêtements qu'ils portent sont ceux en usage en Transoxiane au début du 17e. Comme pour la scène du milieu des pages, la palette est riche. Un musicien joue, d'autres hommes mangent ou boivent. En haut, à gauche, figure l'oiseau simurgh et, en dessous, un personnage coiffé de feuillages qui représente une de ces péris (fées iraniennes dispensatrices d'enchantements) qui tient un flacon. Le merveilleux est donc largement évoqué par les deux artistes qui se sont partagés la réalisation de ces belles pages. * Un khanat ou kanat est un royaume turc ou mongol, dirigé par un khan. (1) Washington, Freer Gallery of Art, inv. S86.0304. La page faisait partie de la collection du joaillier français Henri Vever, montrée en 1912 au musée des Arts Décoratifs de Paris, à côté de celle de Georges Marteau: voit Lowry, 1988, p.198. ces collections formées par les deux amis se complétaient d'emblée parfaitement. (2) sur les exemples iraniens antérieurs, voir Brend 2000 (3)Richard, 2007

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